Writing, Flying and Huevos Revueltos

September 29, 2005

Le silence de la mer : film réalisé par Pierre Boutron

«J'appris ce jour-là qu'une main peut, pour qui sait l'observer, refléter les émotions aussi bien qu'un visage, - aussi bien et mieux qu'un visage car elle échappe davantage au contrôle de la volonté.»
VERCORS (Jean Bruller), Le silence de la mer, Albin Michel, Paris, 1952[1942].

Durant l'Occupation, un officier allemand épris de culture française réquisitionne, pour se loger, la maison d’une famille comprenant qu’un vieil homme et sa petite-fille, musicienne passionnée. À partir de ce fait, nous sommes introduits, en effleurements, dans une relation que se construit peu à peu au travers le silence tenace de ses deux personnages face à l’officier allemand, cultivé, sensible et lui aussi musicien; au mutisme et mépris de ses hôtes, il répond avec un persévérant et authentique appétit des belles choses, belles paroles et beaux sentiments. C’est un esprit qui cherche, dans un monde désolé par l'horreur de la guerre, le contact avec d’autres esprits qu’il sait son égal et que dans son entêtement à freiner ce silence impitoyable, entame avec eux une relation nourrie par ses propres monologues mais dont l'intensité dramatique nous plonge dans un univers quotidien trouble et complexe, fait de regards, de silences, d'attente et des sentiments d'attirance. Par patriotisme, ils sont déterminés à éprouver de la haine par cet homme, qui, malgré son rôle d’ennemi, caresse leurs âmes avec des agréables frôlements d’humanisme.

Un amour naîtra de cette relation, un grand amour, mais nous quittons le salon avec une pesanteur dans le cœur …et notre cœur devient si ravagé que ces champs de bataille lorsque nous réfléchissons à la condition humaine. Triste et tragique, l’histoire nous fait comprendre comme il est rare de rencontrer des êtres que nous ressemblent et avec qui nous désirons, tout naturellement, nous communiquer, mais ce contact entre êtres nés pour s’entendre est fatalement ruiné par l’insanité de la guerre. L’existence de barrières parmi êtres humains prêts à se communiquer, établies hors de leur volonté, c’est un vrai gâchis.
Le silence de la mer est une nouvelle de Jean Bruller écrite sous le pseudonyme de Vercors et publiée clandestinement en 1942. L'histoire a été reprise dans un film de Jean-Pierre Melville en 1947. Le téléfilm, présenté par TV5 hier, a été réalisé par Pierre Boutron en 2004, à partir de deux nouvelles de Vercors : "Le silence de la mer" et "Ce jour-là".
Ce film m’a fait connaître un très grand acteur, Thomas Jouannet, dans le rôle du bel officier allemand pour qui on serait, tous et toutes, tombés éperdument amoureux par sa finesse et sa beauté; Julie Delarme et Michel Galabru, dans les rôles de la petite-fille et du vieil homme, forment avec Jouannet, un trio d’excellentes comédiens.

Le réalisateur a su avec une grâce et une élégance remarquables nous montré l’évolution de cette relation jusqu'à sa fin, nous permettant de plonger dans l’état d’esprit des personnages et de comprendre l’atmosphère général dans un film presque sans dialogues. C’est effectivement un grand filme qui mériterait être dans les grands écrans. Et cela venu de moi, que vous confesse mon total manque d’intérêt par le cinéma français des dernières années, avec rares exceptions. Alors, je me demande, pourquoi de tels chefs d’œuvres ne sont pas diffusés dans les grands écrans?

Les mots, selon mon souvenir, de Werner, l’officier, s’adressant au regard frissonnant de Jeanne :
Ce que j’aime dans la mer c’est sont silence. Je ne parle pas des… ressacs … mais de ce qu’est caché… de ce qu’on devine. Je suis très heureux, très heureux d’être ici avec un vieil homme digne et d’une demoiselle si silencieuse.

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Un peu de retenu, SVP! LOL :))